Jeudi 14 juin 2007 4 14 /06 /Juin /2007 23:11
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I-) L'art est niais ? 

1°) Le voile de la Maya :

  La toile d’araignée, par sa fragilité, par ses enchevêtrements habiles et par sa vocation à piéger les dupes évoque le voile de la Maya, c’est-à-dire la réalité qui tombe sous nos sens (existence) et qui cache la Réalité suprême (essence).

"Pour la philosophie bouddhiste, Maya évoquera une réalité illusoire, parce que "vide d’être", c’est-à-dire dépourvue de tout substrat métaphysique. Pour le Brahmanisme, au contraire, la réalité, c’est l’existence qui est "vraie" puisqu’elle est une manifestation de l’essence : le voile de Maya, comme la toile d’araignée, exprime la beauté de la création, et Maya est une déesse prestigieuse." (Dictionnaire des symboles, J. Chevalier et A. Gheerbrant, éd. Robert Laffont)

Dans le cas du bouddhisme, la Maya est le voile qui dissimule la vérité tandis que selon le brahmanisme, la Maya est le voile qui révèle, met en relief cette vérité.

Dans la symbolique de l’araignée, l’idée d’illusion se retrouve par le fait qu’elle symbolise aussi celui qui se leurre lui-même, qui créait tout un stratagème sans se rendre compte de la précarité du fruit de ses élaborations habiles.

"Au niveau analytique, l’araignée immobile au centre de sa toile, sujet de répulsion pour la plupart des gens, est un symbole d’angoisse en rapport avec le narcissisme, l’amour excessif de soi." (Dictionnaire des symboles, Nadia Julien, éd. Marabout)

Comment ne pas penser au fourbe qui croit naïvement qu’on ne le démasquera jamais, ou au riche qui se réfugie dans l’opulence, ou encore au malade mental qui se ment à lui-même et qui, en refusant de regarder la réalité en face, se croit protégé alors qu’au contraire il se met en danger.

2 ) Le mythe d’Arachné :

"Athena, déesse de la Raison Supérieure, puisque fille de Zeus sortie toute armée de son crâne, est la maîtresse du tissage. Arachné, jeune Lydienne, qui n’est qu’une vulgaire mortelle, est si douée en cet art qu’elle ose y provoquer la divinité. Toutes d’eux s’installent face à face devant leur métier. Athéna brode les douze dieux de l’Olympe dans toute sa majesté, et, aux quatre coins de l’oeuvre, évoque les châtiments encourus par des mortels qui ont osé les défier. En réponse à cette image transcendantale d’une réalité supérieure, interdite aux humains, Arachné dépeint, elle, les amours des dieux pour de vulgaires mortelles. Athena outragée frappe la jeune fille de sa navette. Arachné veut alors se pendre ; Athena lui sauve la vie, mais la métamorphose en l’araignée, qui ne cessera de se balancer au bout de son fil. [...] L’araignée symbolise aussi la déchéance de l’être qui voulut rivaliser avec Dieu : c’est l’ambition démiurgique punie." (Dictionnaire des symboles, J. Chevalier et A. Gheerbrant, éd. Robert Laffont)

 

Le mythe d’Arachné semble exprimer l’idée suivante : l’art doit rester respectueux des règles divines (= lois de la nature) et ne doit pas viser le seul intérêt égoïste de l’humanité. L’art est ici à comprendre dans le sens de technique.

Comment ne pas faire le rapprochement entre ce mythe et les OGM ?

L’humanité défie la divinité en insinuant qu’elle peut faire mieux que les dieux. Alors que la raison divine (Athéna) loue la majesté des douze dieux et prend en considération les risques encourus à ne pas se fier à leurs lois, l’humanité (Arachné) fait fi de la respectabilité des dieux et met en avant l’intérêt des mortels. Résultat : elle se trouve métamorphosée (ou génétiquement modifiée à son tour !)

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II ] Là régnez !

 

1°) L’âme libérée du corps.

Sa capacité à défier la pesanteur fait aussi de l’araignée le symbole de l’âme libérée du corps.

"Chez les Bambara, par exemple, elle désigne une classe d’initiés qui ont atteint : l’intériorité, la puissance réalisatrice de l’homme intuitif et méditatif."

De par ce fait, elle est un médiateur entre la terre et le ciel.

"Au plan mystique, ce fil (d’araignée) évoquera le cordon ombilical, ou la chaîne d’or reliant la créature au créateur, et par laquelle celle-là tente de se hisser vers celui-ci, ..." (Dictionnaire des symboles, J. Chevalier et A. Gheerbrant, éd. Robert Laffont)

 

La notion de centre (ou de coeur) exprime également cette idée : pour être en adéquation avec sa partie divine, l’âme, telle l’araignée au milieu de sa toile, doit se positionner au centre de son être plutôt que de se laisser divertir par les seuls plaisirs périphériques du corps.

Remarquons notamment la ressemblance entre la toile d’araignée et le labyrinthe (ou le mandala) au centre duquel se révèle la divinité qui est en nous.

 

 

2°) Enfin, la Reine y est !

L’âme divinisée (qui a rencontré le principe originel en soi) devient souveraine, son pouvoir est grand et elle sert de médiatrice entre Dieu et le peuple c’est-à-dire que, par son biais, se réalise la volonté divine :

"Lorsqu’un roi irréprochable et craignant les dieux fait régner la bonne justice, la terre noire est fertile en orge, les arbres sont chargés de fruits, les brebis mettent bas régulièrement, la mer abonde en poissons. Tout prospère quand la conduite est bonne et le peuple est heureux" (Odyssée, Homère)

***

Alors l’art est niais ?

Non si on le pratique intelligemment en respectant la règle :

Ne t’avise jamais à imiter Dieu avant de ne l’avoir rencontré d’abord en toi-même !

 

Par MNBlanc - Publié dans : Livre ouvert, le monde parlant
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